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RETRAITE DE CARÊME À SAINTE CÉCILE

2ème DIMANCHE DE CARÊME

16 mars 2025

RAHAB, la prostituée

protège les envoyés de Josué
Rahab et les émissaires de Josué - Anonyme
Depuis Shittim, Josué, fils de Noun, envoya discrètement deux espions. Il leur dit : « Allez voir le pays et Jéricho. » Ils y allèrent, entrèrent dans la maison d’une prostituée nommée Rahab et y couchèrent. On dit au roi de Jéricho : « Des hommes sont entrés ici cette nuit, des fils d’Israël, pour reconnaître le pays. » Alors, le roi de Jéricho envoya dire à Rahab : « Fais sortir les hommes qui sont venus chez toi – qui sont entrés dans ta maison – car c’est pour reconnaître tout le pays qu’ils sont venus. » Mais la femme emmena les deux hommes et les cacha. (…) Quant à eux, à peine étaient-ils allongés que Rahab monta près d’eux, sur le toit, et leur dit : « Je sais que le Seigneur vous a donné ce pays, (…), nous avons appris comment le Seigneur avait mis à sec devant vous les eaux de la mer des Roseaux à votre sortie d’Egypte (…) devant vous, chacun perd le souffle, car le Seigneur votre Dieu est Dieu là-haut dans les cieux, et en bas sur la terre. Et maintenant, puisque j’ai agi loyalement envers vous, jurez-moi donc par le Seigneur que vous agirez loyalement, vous aussi, envers la maison de mon père. (…) Les hommes lui dirent : « Ce serment que tu nous as fait jurer, nous le respecterons ainsi : quand nous entrerons dans le pays, tu attacheras ce cordon de fil écarlate à la fenêtre par laquelle tu nous as fait descendre ; tu réuniras auprès de toi, dans ta maison, ton père et ta mère, tes frères et toute la famille de ton père.
LIVRE DE JOSUÉ 2,1-18

Qui est Rahab ?


Rahab est une païenne et une prostituée qui vit dans le rempart de la ville de Jéricho. Par sa condition de vie, elle est marquée par le péché. Pourtant, face aux envoyés du peuple de l’Alliance, sa foi prend le dessus. Elle, la cananéenne, prend le risque de mentir au roi de Jéricho parce qu’elle croit dans le Dieu de ces envoyés : « le Seigneur votre Dieu est Dieu là-haut dans les cieux, et en bas sur la terre ». Elle sauve ainsi les deux espions en les cachant puis en les exfiltrant par le mur du rempart. Elle les renseigne aussi, non pas sur les remparts et les forces de l’armée mais sur le moral des troupes : « devant vous, chacun perd le souffle ». En effet, le peuple de Jéricho a appris la
catastrophe qui a frappé l’Égypte ainsi que d’autres pendant leur traversée du désert. Grâce à leur peur, il ne suffira que du son de la fanfare et du cri de guerre pour que les murailles s’effondrent et que le peuple de Dieu remporte la victoire.
Dans sa condition de vie, Rahab est capable de vérité et de bien : elle reconnaît Dieu, et elle traite ces envoyés avec bonté. Quelque chose en elle est en effet plus fort que son péché, on en arrive ainsi à un comble : c’est cette païenne et prostituée qui va ouvrir au peuple de Dieu la Terre promise. En effet, Jéricho est une vaste oasis, une des portes de Canaan, ce pays promis au peuple hébreu. Rahab, la prostituée et la païenne est celle par qui le Salut arrive. Ainsi, l’évangéliste Matthieu l’intégrera dans la généalogie de Jésus.
Les Pères de l’Eglise lui reconnaissent aussi une vertu prophétique. Elle met à sa fenêtre un « cordon de fil écarlate » comme signe distinctif. Signe du sang mis sur les maisons des hébreux pour les sauver lors de la Pâques. Signe prophétique du sang du Christ qui sera versé pour sauver le monde.
Alors que Rahab vit dans une muraille de séparation entre deux peuples, en accueillant ces envoyés, en proclamant sa foi et en concluant avec eux une alliance pour son salut, elle va être intégrée au peuple de l’Alliance. Le mur de la séparation tombe : « Elle est demeurée au milieu d’Israël jusqu’à aujourd’hui ; pour avoir caché les émissaires que Josué avait envoyés reconnaître Jéricho » (Jos 6,25). L’auteur de la lettre aux Hébreux en fait mémoire : « Par la foi, Rahab la prostituée ne périt pas avec les incrédules, parce qu’elle avait accueilli pacifiquement les éclaireurs » (He 11,31).
Dans ce récit, Rahab est la seule personne qui a stature d’exemple alors que c’est une prostituée et une païenne. Le peuple de Dieu n’a pas la foi dans la victoire. C’est pour cela qu’il envoie des espions. Ceux-ci, étonnamment, vont se cacher… chez une prostituée (on se demande pourquoi), et se font repérer immédiatement. Les soldats de Jéricho ne sont pas mieux et se font berner par Rahab. Il reste donc cette figure seule comme exemple. C’est une non-juive qui fait alliance et profession de foi au Dieu d’Israël avant même l’entrée des Hébreux en Canaan. Sa profession de foi est probablement la meilleure du livre de Josué.

Que retenir pour nous-mêmes ?

Rahab au milieu de son péché, de ses égarements loin du Dieu de l’Alliance, retrouve un chemin de fidélité. Celle qui était marquée comme impure, devient non seulement membre du peuple de l’Alliance mais participe au Salut de ce peuple. Voici notre vocation !
  • L’hospitalité est une vertu. Elle ouvre aux autres vertus. Rahab avait la vertu de son hospitalité. Savons-nous recevoir sans préjugés – ceux portés sur les autres, ceux qui nous accablent ? Savons-nous entendre ceux qui viennent porteurs d’une bonne nouvelle ?
  • Quelque soit mon histoire et mon passé, je peux proclamer ma foi en Dieu, faire alliance avec lui et avec le peuple de Dieu.
  • Quelque soit mon histoire et mon passé, je suis capable de faire du bien et de participer à l’œuvre du Salut. « De même, Rahab, la prostituée, n’est-ce pas par les œuvres qu’elle fut justifiée quand elle reçut les messagers et les fit partir par un autre chemin ? » (Jc 2,25).
  • Nous croyons devoir être dignes de foi, pour laisser la foi germer en nous. La vie de Rahab est indigne. Elle est maculée d’indignités peccamineuses. Mais, en son cœur, demeurent des ressources immaculées. Comment, en nous, faire la part des choses et aller solliciter ces ressources toute pures qui ne demandent qu’à nous venir en aide pour autant que nous allions les chercher ?
  • Rahab reste souvent appelée « la prostituée », pourtant elle s’est convertie et est rentrée pleinement dans le peuple de l’Alliance. N’ayons pas peur, ni honte de nos cicatrices, de ce qui a pu abîmer notre histoire. Dieu fait alliance avec tout nous-mêmes y compris notre histoire blessée.
  • La fidélité est toujours possible. Désirons comme Rahab demeurer et vieillir en Dieu sans jamais être séparé de lui.
  • Enfin, soyons vigilants sur notre regard et nos jugements hâtifs. N’oublions jamais que les prostituées, dernières dans la hiérarchie de la cité, reléguées dans ses bas-fonds, seront premières dans le Royaume de Dieu. Les dernières seront premières. « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu ». (Mt, 21,31)

Questions

1/ Est-ce que je réalise dans ma vie les grands écarts entre mon péché et mon désir de Dieu ? Comment faire mémoire des moments où Dieu est venu me visiter alors que j’étais à l’image de Rahab « païen et compromis par le péché » ? Quels sont les moments de ma vie où j’ai fait l’expérience que je n’étais pas enfermé dans mon histoire ?
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2/ Ces espions ont été l’occasion d’une conversion. Quelles sont les rencontres qui m’ont permis d’opérer un changement dans ma vie ? Quelles sont les rencontres qui ont permis à ma foi de s’affermir et à ma bonté de s’exprimer ?
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3/ « La charité couvre une multitude de péchés » dit Pierre (1 P 4,8).
Quand est-ce que je me suis relevé de mon péché en exerçant la charité ? Quand, dans ma vie, le bien et la vérité ont été plus forts que le mal et le mensonge et m’ont ainsi permis de me relever ?
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