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RETRAITE DE CARÊME À SAINTE CÉCILE
4ème DIMANCHE DE CARÊME
30 mars 2025
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Au milieu de l'épreuve d'Anne, la prière
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Anne et son mari - Marc Chagall
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Un jour, Elcana offrait le sacrifice ; il distribua des parts de la victime à sa femme Peninna, à tous ses fils et à toutes ses filles. Mais à Anne, il donna une part de choix car il aimait Anne, que pourtant le Seigneur avait rendue stérile. Sa rivale cherchait, par des paroles blessantes, à la mettre en colère parce que le Seigneur l’avait rendue stérile. Cela recommençait tous les ans, quand Anne montait au sanctuaire du Seigneur : Peninna cherchait à la mettre en colère. Anne pleura et ne voulut rien manger. Son mari Elcana lui dit : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne manges-tu pas ? Pourquoi ton cœur est-il triste ? Et moi, est-ce que je ne compte pas à tes yeux plus que dix fils ? » Anne se leva, après qu’ils eurent mangé et bu. Le prêtre Éli était assis sur son siège, à l’entrée du sanctuaire du Seigneur. Anne, pleine d’amertume, se mit à prier le Seigneur et pleura abondamment. Elle fit un vœu en disant : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête."
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Qui est Anne ?
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Mariée à Elcana, de la tribu d’Ephraïm, Anne est doublement malheureuse. Elle est stérile et la deuxième femme de son mari, qui, elle, a des enfants, lui fait constamment des affronts pour la mettre en colère. Elle est humiliée par cette femme qui lui rappelle sa stérilité. Elle en pleure amèrement et cesse de se nourrir. Il faudra l’intervention de son mari qui la préfère pour qu’elle se reprenne et se tourne finalement vers Dieu. En effet, Anne est une femme pieuse. Ainsi, « Anne, pleine d’amertume, se mit à prier le Seigneur et pleura abondamment » devant lui. Elle fit un vœu au Seigneur (qui est une sorte de marché) : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien (…) me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie ». Elle épanche ainsi son âme devant le Seigneur.
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Ensuite sa rencontre avec le prêtre Éli est déconcertante : il la juge sur l’apparence et lui reproche d’être ivre « Cuve donc ton vin ! » lui dit-il. Au lieu de se mettre en colère, et de lui reprocher ce jugement injuste, elle lui confie sa peine, ainsi que sa prière : « je ne suis qu’une femme affligée, je n’ai bu ni vin ni boisson forte ; j’épanche mon âme devant le Seigneur ». Etonnamment, après cette prière, l’auteur du livre nous dit qu’« elle s’en alla, elle se mit à manger, et son visage n’était plus le même ». Ainsi au milieu de l’épreuve, Anne a réussi à dépasser sa tristesse pour s’en remettre à Dieu. Au lieu de rester isolée, elle a entendu les paroles d’amour de son mari, elle s’est remise à manger, s’est relevée et a trouvé la force d’aller prier au sanctuaire et de renouer le dialogue avec le Seigneur. Elle lui déverse toute son amertume, implore la fécondité, non pour elle-même mais pour donner cet enfant à Dieu. Après sa prière, une nouvelle fois, elle s’ouvre à la rencontre. Alors qu’Eli la reprend à tort, elle en profite pour se confier à lui. Ainsi, elle peut repartir avec cette parole de bénédiction de sa part : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé » (1 Sam 1,17). C’est pourquoi, elle repart le cœur léger : elle a pu s’en remettre à Dieu et a reçu une parole de bénédiction. Comme pour Sara, la mère de Samson ou encore Elisabeth, Dieu accomplit le miracle de la fécondité : « le Seigneur se souvint d’elle. Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle : « Je l’ai demandé au Seigneur » (1 Sam 1,20). Lorsque l’enfant fut sevré, elle reste fidèle à sa parole. . Sa parole avait été donnée. Il fallait maintenant l’honorer. De bon cœur, sans arrière-pensée, elle retourna au sanctuaire pour offrir son enfant à Dieu. Plus précisément, elle rendit au Seigneur la grâce qui lui a été faite. Voici ce qu’elle dit au prêtre Éli : « le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose » (1 Sam 1,27-28). Après avoir laissé son enfant au Seigneur (pour le service du sanctuaire auprès du prêtre Éli) elle éclate en joie avec cette prière, dit « cantique d’Anne » qui a inspiré le Magnificat de la Vierge Marie (I Sam 2, 1-11) : « Mon cœur exulte à cause du Seigneur ; mon front s’est relevé grâce à mon Dieu !... C’est le Seigneur qui fait mourir et vivre... C’est lui qui appauvrit et qui enrichit, qui abaisse et aussi qui élève... Il garde le pas de ses fidèles, mais les méchants disparaissent dans les ténèbres ». Cette nouvelle prière est une action de grâce et un acte de foi en la puissance de Dieu. Face à une telle expression de foi, une telle confiance en Dieu, un tel don, la grâce surabonde toujours. Et en effet : « le Seigneur intervint en faveur d’Anne : elle devint enceinte et elle enfanta trois fils et deux filles » (1 Sam 2,21).
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Que retenir pour nous-mêmes ?
Anne est la figure de celle qui se tourne vers le Seigneur au milieu de l’épreuve. Plutôt que de baisser les bras, de se résigner, de se soumettre à la fatalité, Anne croit aux pouvoirs tout puissants du Seigneur. Rien ne lui est impossible. Elle traverse une double épreuve : sa stérilité et la moquerie de l’autre épouse de son mari. Que fait-elle alors ? Elle parle. Elle demande à être entendue. Elle s’en va plaider sa cause. Elle témoigne. Elle s’en va porter sa plainte à Eli et, en dernière instance, au juge suprême. Seul son Seigneur est en mesure d’être plus fort que tout – et surtout plus fort que la nature quand elle condamne une femme à ne pouvoir enfanter. Ce retournement est salutaire. Son témoignage est rempli d’espérance pour le présent et l’avenir. Elle se tourne alors vers son Dieu. Dieu vient consoler ceux qui sont humiliés et se souvient de ceux qui sollicitent son aide. Mais surtout, elle offre par avance à Dieu l’enfant qu’il pourrait lui donner. S’il le lui donne ; elle le donnera en retour. Don contre Don. Elle sait qu’elle n’est pas propriétaire de ce que le Seigneur donne. Elle rentre ainsi dans la logique de la grâce. Elle reçoit grâce et elle rend grâce. Sa double attitude plaît à Dieu qui exauce sa prière. La figure d’Elcana auprès d’Anne est quant à elle une figure du Christ. Celui-ci dira à Marie- Madeleine en pleurs à cause de sa propre mort : « Femme, pourquoi pleures-tu ? ». Nous avons tous à nos côtés le Christ qui nous dit son amour, qui nous demande : « et moi, est-ce que je ne compte pas à tes yeux ? » (1 Sam 1,8). Nous pouvons nous identifier à Anne, quand nous nous sentons victimes d’injustice, que nous nous sentons emprisonnés dans un tourment. Entendons alors la parole du Christ, osons nous tourner vers notre Père dans la prière. Demandons ce qui nous paraît impossible, tout en sachant que les dons de Dieu ne nous appartiennent jamais. Avec un peu d’audace, nous apercevons presque dans ce passage biblique la figure de la Trinité. Le Père, à qui est destinée la prière, le Fils sous les traits d’Elcana et ses paroles d’encouragement, l’Esprit Saint à travers la prière de bénédiction du prêtre Éli. Nous aussi, bien plus que nous le pensons, nous sommes entourés de la Présence Trinitaire. Le Père, le Fils et l’Esprit-Saint sont bien présents dans nos vies.
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- Anne est éprouvée par deux malheurs. Elle est moquée pour sa stérilité. Elle est stérile comme si elle était coupable d’une faute. Plutôt que de se laisser enfermer dans ces malheurs, elle réagit. Plutôt que d’ajouter à tous ces malheurs le mutisme, elle prend la parole. Elle dépose sa souffrance devant Dieu. Elle s’en va raconter ce qu’elle subit. Demandons au Seigneur ce courage pour sortir de soi et ne pas se laisser glisser sur la pente du malheur.
- Anne parle haut et fort. Elle formule sa souffrance. Quand des mots sont dits, ils mettent à distance le malheur. Il est mis en mot, en forme, en récit. Nous avons à mettre en mots nos malheurs, sans les radoter, pour ne plus être accablés par eux. Encore nous faut-il croire, comme Dieu nous y invite, au pouvoir des mots qui agissent et nous remuent. « Demandez et vous recevrez » est-il dit (Mt7,7) même si nous ne savons pas bien demander et ne recevons pas ce que nous espérions recevoir.
- Anne finit par s’adresser à Dieu lui-même. Elle l’interpelle. Elle le dérange, l’implore même. « Regarde-moi » et « souviens-toi de moi ». Là est son dernier recours. Elle ose demander à Dieu son aide, son assistance au nom d’une mémoire d’amour qui semble avoir été oubliée par Dieu. Adresser sa plainte à Dieu le désigne comme le bon interlocuteur, l’ultime recours plus puissant que tous les autres. Ne nous lassons pas de demander à Dieu de se rappeler de nous.
- Elle demande de recevoir l’impossible et, par avance, offre ce don. Son souhait d’avoir un enfant, alors que cela lui est impossible, se double d’une promesse de confier cet enfant, s’il vient, à Dieu. Là est le sens d’une vraie demande et du côté de Dieu, d’un vrai miracle. Elle demande pour elle afin de mieux répondre au dessein secret de Dieu. Apprenons à demander ce qui plaît à Dieu pour mieux lui rendre service.
- Une demande jointe à une promesse. Anne, une fois contentée, une fois mère, alla au bout de la promesse faite. Elle confia Samuel au Temple, à Eli, à Dieu. Comment tenir nos promesses quand on se sait comblé d’avoir tant et tant reçu ?
- Au milieu de l’épreuve, restons ouverts à ceux qui nous aiment et qui nous aident à nous relever. Appuyons-nous sur eux. Tout ne s’acharne pas contre nous, Dieu continue de nous assister d’une manière ou d’une autre, si nous voulons bien le recevoir. Aussi, un prêtre ou une personne formée à l’écoute peut nous être utile dans notre épreuve, même si au début ces personnes ne nous inspirent pas grand-chose.
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Questions
1/ Y-a-t-il des moments dans nos vies où nous avons accaparé les dons de Dieu ? ...................................................................................................................................................................... ...................................................................................................................................................................... ...................................................................................................................................................................... 2/ Quels sont les moments de notre vie où nous nous sommes enfermés dans notre tristesse ? Au contraire quels sont les moments où nous avons réussi à nous tourner vers Dieu et les autres ? Quels sont les moments de notre vie où nous n’avons pas vu que nous étions aimés parce que nous étions enfermés dans la tristesse ? ..................................................................................................................................................................... ..................................................................................................................................................................... ...........................................................................................................................................................;.........
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